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Hong Kong découvre de nouveaux cépages

 

La cave du restaurant Ming Court (deux étoiles Michelin), de l’hôtel Langham Court de Hong Kong, répertorie plus de 400 vins

En juin 2010, des professionnels du monde entier se sont retrouvés dans la vallée du Rhône pour assister au premier Symposium International du Grenache. L’objectif de cette réunion était de débattre autour du Grenache et de créer un projet pour le futur de ce cépage, l’un des cépages les plus répandus au monde. Les producteurs de la région avaient ainsi décidé de se regrouper sous la présidence de Steven Spurrier, expert en vin et éditeur du magazine Decanter, et de Michel Bettane, premier critique de vins français, co-auteur du Grand Guide des Vins de France.

« C’est probablement l’un des meilleurs vins pour accompagner un repas », déclare Eddie McDougall, viticulteur ausein de l’unique winery de Hong Kong, 8th Estate. Ce dernier est en train de mettre la touche finale au premier vin fait uniquement à partir d’un cépage de Grenache, et utilise des vignes de 90 ans d’âge – une occasion à ne pas manquer, assure-t-il. Positionné sur le haut du marché, ce vin qui accumule le sucre se marie donc très bien avec beaucoup de plats et soupes chinoises.

Changer les habitudes
La popularité croissante des vins du Nouveau Monde à Hong Kong est en train de susciter l’intérêt pour les cépages et leurs différentes caractéristiques. Ceux qui étaient à l’origine attirés par les vins français commencent aussi à chercher autre chose que le Bordeaux et à s’initier aux spécificités des cépages. « La plupart des gens peuvent lister leurs vins préférés pour chaque pays, observe Ross Chan, d’Asia Vintners Ltd. En tant que rebelle du vin, je compte introduire davantage de cépages et de mélanges sur le marché, car il y a de plus en plus d’amateurs qui sont fatigués de boire toujours le même vin. ». Tant Eddie McDougall de 8th Estate que M. Chan prévoient que ce seront les vrais amoureux du vin qui s’écarteront du chemin du Cabernet Sauvignon, du Shiraz et du Pinot Noir – déjà perçus comme des choix audacieux à Hong Kong – pour essayer du Grenache ou du Tempranillo. Mais les deux spécialistes se réjouissent de voir que le marché élargit son offre.

Au Langham Place de Hong Kong, un hôtel 5 étoiles de Kowloon, l’expert en vin, Zach Yu, supervise la réalisation de l’une des plus grandes caves de la ville. Elle référence actuellement plus de 400 vins, et Zach Yu est à la recherche d’une marque belge faite à partir de cerises plutôt que de raisins. La cave est aménagée au sein du Ming Court, le restaurant chinois (deux étoiles au guide Michelin) de l’hôtel, et propose un modèle différent du service traditionnel du sommelier. Les clients peuvent d’abord sélectionner leur vin, puis avoir un menu conçu sur-mesure pour accompagner celui-ci. « Nous devons attiser l’intérêt en essayant des nouveaux concepts, pour faire évoluer le choix des clients, très restreint à ce jour », assure Zach Yu, « d’autant plus que les chinois sont plus susceptibles de se laisser tenter par une bouteille hors de prix que les clients occidentaux. »

L’indispensable éducation
Les Chinois ont l’habitude d’opter pour des châteaux prestigieux, à l’instar de Lafite ou Haut Brion, et le but de Zach Yu est de faire évoluer cette inclinaison. Il n’a pas écarté les propositions risquées et a inscrit à la carte des vins un Pinotage premium par De Waal, d’Afrique du sud, proposé à environ 40 €. Pinotage est en général un choix mal reçu à Hong Kong car perçu comme bas de gamme. Le Malbec argentin, un autre cépage qui “monte”, sera parfait, selon lui, avec des plats chinois hivernaux. Kyoho, Lemberger et Carmenere sont d’autres cépages originaux rarement vus sur d’autres cartes. Zach Yu ne lésine pas sur les informations pour réussir son pari de séduire, et d’éviter la confusion, lors de la commande. A chaque vin sont associés un numéro de commande, une description, un prix, l’année de production, et surtout la note décernée par le Wine Spectator – accorder ces notes est très tendance à Hong Kong, où l’on est attentif au statut social. Alors que les vins du Nouveau Monde sont classés par cépage, Zach Yu liste toujours les vins européens par régions, et est même en train de réaliser un coffret de démonstration avec des échantillons des sols, car toute information est un bonus. « S’ils ne connaissent pas le cépage, peut-être sont-ils familiers avec le calcaire », sourit Zach Yu.

La région contre le cépage
Hervé Leroux a fondé Sino-Vantage Asia Ltd il y a plus d’une décennie, en se concentrant sur l’importation de vins français. Estimant que des événements comme la Journée Internationale du Grenache sont trop largement ciblés pour avoir un impact significatif, il pense que les consommateurs connaissent davantage les régions que les cépages, particulièrement lorsqu’il s’agit de vins européens. Le Français suit de très près les tendances du marché pour anticiper la prochaine mode. La multiplication des restaurants italiens milieu – haut de gamme a entraîné un intérêt pour les vins italiens et une soif de connaissances à leur sujet, et Sino-Vantage a introduit une sélection italienne pour s’adapter à ce qu’il perçoit comme une nouvelle envie. Mais le vin italien, comme beaucoup d’autres vins européens, s’est souvent avéré difficile à vendre à Hong Kong. Les régions sont nombreuses, souvent petites, l’approvisionnement irrégulier, les noms imprononçables, les labels compliqués. Toutefois, les Super Toscans ont eu un bon impact sur le marché, en élargissant le marché du vin au-delà des Barolo et des Barbaresco. Mais le vin doit offrir un bon rapport qualité-prix, être de grande qualité et raconter une histoire intéressante pour être bien vendu à Hong Kong, assure Hervé Leroux. « Le cépage fait certes partie de cette histoire, dit-il, mais pour nous, ce n’est pas la plus importante. Nous vendons du vin Gavi di Gavi d’Italie. Combien de personnes connaissent le cépage Cortese ? »

Au-delà de Bordeaux
Vendre des nouveaux vins demande du soin, voire de la dévotion, et des vendeurs expérimentés pour assurer leur succès. « Eduquer le consommateur est la clé », affirme Annabel Jackson, auteur, formatrice et consultante en vin et cuisine basée à Hong Kong. « Mettez une bouteille de vin en face de quelqu’un et expliquez-lui, alors il aimera », déclare-t-elle, en ajoutant que le facteur éducation est largement sous-exploité sur les salons professionnels, alors que les dégustations, voie d’apprentissage traditionnelle, sont trop souvent considérées comme « trop cérémonieuses. ». Les cépages présentant le plus fort potentiel sont ceux se mariant bien avec la cuisine chinoise, estime Annabel Jackson. Elle cite comme favoris les vins italiens présentant une « acidité décente », le Malbec, le Syrah, et les Pinot Noir d’Amérique du nord. « Une fois que vous êtes sortis du Bordeaux, assure-t-elle, le monde est à vous. »

Source : Hong Kong Trader

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